25/03/2020
Avant je n’aimais pas faire les courses.
Déambuler avec un panier en plastique entre les boîtes de petits pois et les rouleaux de sopalin m'abîmait le moral. Les cadis qui se touchent, la queue à la caisse, l’article qui ne passe pas; je rentrais épuisé de cette corvée consumériste obligatoire.
Mais aujourd’hui ça a changé.
Faire les courses est un des derniers laissez-passers pour sortir de l’appartement. Sur mon vélo rouge, je pédale dans les avenues désertes, je me sens survivant.
J’erre entre les rayons dévalisés. Devant le chocolat, j’échange un signe de connivence avec une dame aux traits tirés et lui laisse la dernière tablette de Crunch - fraternité de prisonnier.
La caissière porte un masque et des gants en latex. Derrière elle, les chariots des clients sont pleins à craquer : leurs petits enfants mangeront des pâtes qu’ils achètent aujourd’hui. Ils règlent leur achat avec reconnaissance et prudence, leur carte de fidélité tendue à bout de bras. Après avoir payé, une dame nettoie sa carte bleue avec une lingette de javel. Je ne comprend pas ce qu’elle dit derrière son masque.
Je range les courses dans mon sac à dos.
J’en ai fait un peu, pas trop.
J’avoue, j’espère revenir bientôt.
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